Exit tax
Les pièges du transfert de domicile fiscal hors de France
Le départ à l’étranger d’un contribuable dirigeant ou actionnaire significatif d’une société peut entraîner l’application d’une imposition spécifique : l’exit tax. Celle-ci entraîne l’imposition des plus-values latentes sur les titres détenus au moment du transfert de domicile fiscal hors de France. Sursis de paiement, obligations déclaratives, articulation avec les conventions fiscales : le dispositif recèle des subtilités dont la méconnaissance peut coûter cher.
Un impôt sans cession
L’exit tax repose sur une fiction juridique : le jour du départ, le contribuable est réputé avoir cédé l’ensemble de ses titres. La plus-value latente, c’est-à-dire la différence entre la valeur réelle des titres à cette date et leur prix d’acquisition, est alors soumise à l’impôt sur le revenu et aux prélèvements sociaux1
Le dispositif ne concerne pas tous les départs. Deux conditions cumulatives doivent être réunies. D’une part, le contribuable n’est concerné que s’il a été fiscalement domicilié en France pendant au moins six des dix années précédant son départ. D’autre part, ses titres doivent représenter au moins 50 % des bénéfices sociaux d’une société, ou avoir une valeur globale supérieure à 800 000 euros à la date du transfert. L’appréciation se fait par foyer fiscal, en cumulant les participations directes et indirectes.
Outre les plus-values latentes, l’exit tax s’applique aux plus-values dont l’imposition a été placée en report, notamment en cas d’apport de titres à une société contrôlée, en particulier à une société holding, ainsi qu’aux créances trouvant leur origine dans une clause de complément de prix (clause d’earn-out). Pour les plus-values en report, aucune condition de durée de domiciliation antérieure n’est exigée.
Coût du départ
Les plus-values latentes et les créances sont soumises au prélèvement forfaitaire unique. Depuis 2026, ce taux s’élève généralement à 31,4 %, correspondant à 12,8 % d’impôt sur le revenu et 18,6 % de prélèvements sociaux2
L’assiette de l’exit tax est calculée sans compensation entre les plus-values et les moins-values latentes constatées à la date du départ3
Paiement différé
L’exit tax est toutefois atténuée par le système du sursis de paiement. Ce sursis de paiement permet au contribuable de ne pas acquitter l’impôt au moment de son départ.
Pour les transferts de domicile au sein de l’Union européenne et certains autres pays ayant conclu des accords avec la France, le sursis est automatique et sans constitution de garanties5
Le sursis de paiement prend fin lors de la survenance de certains événements : cession des titres, rachat, remboursement, annulation, ou encore donation lorsque le donateur est domicilié hors des États éligibles au sursis automatique et ne démontre pas que la donation n’a pas pour motif principal d’éluder l’impôt7
Dégrèvement de l’impôt
L’exit tax est dégrevée ou restituée dans plusieurs hypothèses : retour en France du contribuable, décès ou donation lorsque le donateur est domicilié dans un État éligible au sursis automatique ou, surtout, conservation des titres pendant un délai suffisant. Dans ce cas, selon le cas, le sursis obtenu se consolide en exonération définitive, ou l’impôt déjà acquitté est restitué sur demande.
Le délai de conservation des titres nécessaire pour obtenir le dégrèvement de l’exit tax est actuellement fixé à deux ans en principe, et porté à cinq ans lorsque la valeur globale des titres excède 2,57 millions d’euros à la date du départ8
En outre, si le contribuable n’avait pas bénéficié d’un sursis de paiement et cède ses titres pendant cette période à un prix toutefois inférieur à la valeur retenue lors du départ, l’impôt déjà acquitté lui est restitué à due concurrence. Ce mécanisme de recalcul protège le contribuable contre l’imposition d’une plus-value qui ne se serait pas concrétisée.
Absence de bouclier
L’articulation de l’exit tax avec les conventions fiscales a été validée par la jurisprudence, qui considère que les conventions ne font pas obstacle à l’imposition des plus-values latentes constatées lors du transfert de domicile. Le Conseil d’État a jugé à la fois que les stipulations conventionnelles relatives aux gains en capital visent les cessions effectives et non les plus-values latentes et que le fait générateur de l’impôt est fixé au dernier jour de résidence fiscale en France, de sorte que le contribuable est encore résident français au moment de la constatation de l’impôt10
Sur le plan du droit de l’Union européenne, le dispositif a été jugé compatible avec la liberté d’établissement dès lors qu’il prévoit un sursis de paiement automatique, sans constitution de garanties, pour les départs au sein de l’Union. Le Conseil d’État a récemment confirmé cette analyse en jugeant que la restriction apportée par l’exit tax est justifiée par la nécessité de préserver le pouvoir d’imposition de la France et ne va pas au-delà de ce qui est nécessaire11
Anticiper son départ
L’exit tax est un dispositif dont les conséquences se gèrent en amont. L’évaluation des titres non cotés est souvent le point de friction principal avec l’administration, comme l’illustre la jurisprudence récente sur les redressements d’assiette12
Maître Martins accompagne les dirigeants et actionnaires dans la préparation de leur transfert de domicile fiscal, la sécurisation de leurs obligations déclaratives et la gestion du sursis de paiement, intégralement à distance ou sur rendez-vous au cabinet.
Notes
- CGI, art. 167 bis, I et II bis
- LFSS pour 2026, art. 12
- CGI, art. 167 bis, I, 5 ; BOI-RPPM-PVBMI-50-10-20, n° 100
- BOI-RPPM-PVBMI-50-10-20, n° 90
- CGI, art. 167 bis, IV
- LPF, art. R. 277-8
- CGI, art. 167 bis, VII ; CE 12 juill. 2013, n° 359994
- CGI, art. 167 bis, VII, 2
- PLF 2027 (n° 3210), amendements n° I-462 et I-3789, adoptés
- CE, 21 nov. 2012, n° 347223 ; CE 29 avr. 2013, n° 357576 ; CE 23 juin 2016, n° 378008
- CE 5 févr. 2025, n° 476399
- TA Montreuil, 22 mai 2025, n° 2216364
- P. Fini, « Exit tax et crypto-actifs », FI 3-2025 ; dans le même sens, Sénat, débats LFI 2019, confirmant l’exclusion tout en souhaitant une réforme
- RM Poznanski-Benhamou, n° 8558 : JOAN 22 janv. 2013, p. 824 ; BOI-RPPM-PVBMI-50-10-10-20, n° 20
- BOI-RPPM-PVBMI-50-10-20, n° 110
- CAA Paris, 4 févr. 2026, n° 24PA02186 (susceptible d’un pourvoi en cassation)
Pour aller plus loin

Me Jérémy Martins
- Avocat au barreau de Strasbourg
- Chargé d’enseignement à l’Université de Strasbourg
- Major du DJCE de Nancy
- Lauréat du prix Maurice Cozian 2019 du meilleur fiscaliste
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