Fiscalité des SCI
SCI à l’IR ou SCI à l’IS ?
La société civile immobilière (SCI) est un outil incontournable de la gestion et de la transmission d’un patrimoine immobilier. Elle impose toutefois un choix fiscal fondamental : le régime des sociétés de personnes (régime « translucide ») ou l’option pour l’impôt sur les sociétés (IS).
Deux fiscalités
La SCI relève en principe du régime des sociétés de personnes1
La SCI peut toutefois opter à l’IS. Dans ce cas, la société supporte elle-même l’impôt sur ses bénéfices. Une seconde fiscalité est toutefois due au moment du versement de dividendes, cette fois supportée par les associés qui les perçoivent. Il ne s’agit toutefois pas des seules conséquences du passage à l’IS.
Fiscalité des loyers
Dans une SCI translucide, les loyers sont imposés entre les mains de chaque associé. Les associés personnes physiques supportent à la fois le barème progressif de l’impôt sur le revenu (de 0 % à 45 %) et les prélèvements sociaux au taux de 17,2 %2
Dans une SCI à l’IS, les bénéfices sont imposés au niveau de la société, au taux de 15 % jusqu’à 42 500 euros4
Avantages de l’IS
L’avantage structurel de l’IS est en effet de permettre d’amortir fiscalement les immeubles. Chaque année, la société déduit de son résultat imposable une fraction de la valeur de ses constructions8
L’IS facilite également le réinvestissement. Les résultats conservés dans la société ou réinvestis dans de nouveaux projets immobiliers ne supportent que le taux de l’IS (15 % ou 25 %), sans imposition supplémentaire au titre des dividendes. Il s’agit d’un avantage net par rapport au régime translucide, dans lequel l’impôt est dû par l’associé dès que le résultat est réalisé, indépendamment de toute distribution.
La combinaison de ces deux leviers peut être redoutable pour réinvestir en quasi-franchise d’impôt les loyers perçus par la SCI. L’amortissement peut également s’avérer indispensable pour faire face au remboursement d’un emprunt bancaire, tant il peut être difficile de faire face aux mensualités quand les loyers encaissés sont fiscalisés. Ces avantages de l’IS ne doivent toutefois pas masquer les inconvénients de ce régime.
Inconvénients de l’IS
L’IS trouve en effet ses limites lors de la revente des immeubles. Dans une SCI à l’IR, les plus-values immobilières bénéficient d’abattements progressifs pour durée de détention : elles sont totalement exonérées d’impôt sur le revenu après vingt-deux ans et de prélèvements sociaux après trente ans9
Dans une SCI à l’IS au contraire, aucun abattement pour durée de détention n’existe. Pire, la plus-value imposable lors de la revente est majorée de l’ensemble des amortissements pratiqués depuis l’acquisition de l’immeuble. L’économie d’impôt permise par l’amortissement est ainsi intégralement reprise lors de la cession. L’IS est donc très pénalisant pour les associés qui envisagent de céder les immeubles de la société, a fortiori après une longue période de détention.
L’IS présente également un inconvénient notable lors de la constitution de la société, si le contribuable possède déjà les immeubles et qu’il souhaite les apporter à la SCI. Si l’apport d’un immeuble à une SCI translucide peut ne pas être soumis à droits d’enregistrement, sous certaines conditions10
Option à l’IS
La SCI peut opter à l’IS dès sa constitution, par courrier adressé au service des impôts compétent avant la fin du troisième mois de l’exercice concerné12
L’IS s’impose en revanche de plein droit lorsque la SCI exerce une activité commerciale, ce qui inclut notamment la location meublée, même à usage d’habitation.
Choisir le bon régime
Aucun de ces deux régimes n’est en soi supérieur à l’autre. Chacun présente des avantages, il convient donc de déterminer au cas par cas lequel est le plus intéressant pour le contribuable, en fonction de sa situation et de ses projets. Un régime mal adapté peut au contraire entraîner un surcoût fiscal considérable, parfois irréversible.
En outre, au-delà des SCI composées de personnes physiques, il peut également être intéressant, dans certains cas, d’interposer d’autres sociétés entre le contribuable et sa SCI. La constitution d’une SCI peut également être l’occasion de préparer efficacement la transmission de son patrimoine à ses enfants.
Maître Martins vous accompagne dans le choix et la structuration de vos sociétés civiles immobilières, de la constitution à la transmission, selon votre choix, intégralement à distance ou sur rendez-vous au cabinet.
Notes
- CGI, art. 8
- Les revenus fonciers sont exclus de la hausse de la CSG de 2026 et restent soumis à un taux de CSG de 9,2 % (CSS, art. L. 136-8, IV)
- Ils ne sont en revanche pas directement concernés par la CDHR car ils sont soumis au barème progressif de l’IR
- CGI, art. 219, I-b (le taux réduit est réservé aux sociétés dont le chiffre d’affaires n’excède pas 10 millions d’euros et dont le capital est détenu à 75 % au moins par des personnes physiques ou des sociétés qui répondent à ces mêmes critères)
- Soit 12,8 % d’impôt sur le revenu (CGI, art. 200 A) et 18,6 % de prélèvements sociaux depuis 2026 (CSS, art. L. 136-8)
- CGI, art. 158, 3-2°
- S’y ajoute, dans certains cas, la CDHR
- Les terrains, en revanche, ne sont pas amortissables et doivent faire l’objet d’une ventilation distincte lors de l’inscription au bilan
- CGI, art. 150 VC, pour l’impôt sur le revenu, et CSS, art. L. 136-7, VI, 2, pour les prélèvements sociaux
- Absence de passif apporté notamment
- CGI, art. 809
- CGI, art. 239, 1
- CGI, art. 202 ter, II ; CGI, art. 809, II
- Des tempéraments existent, mais ils ne sont pas sans inconvénients
- CGI, art. 239 bis AA
Pour aller plus loin

Me Jérémy Martins
- Avocat au barreau de Strasbourg
- Chargé d’enseignement à l’Université de Strasbourg
- Major du DJCE de Nancy
- Lauréat du prix Maurice Cozian 2019 du meilleur fiscaliste
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